Femme des années

Femme des années combien déjà ? En réalité, on s’en fout des années en question. L’essentiel c’est juste d’arriver à se sentir bien dans ses baskets et dans sa vie et dans son époque.

Ce billet va certainement être très confus, parce que je l’ai écrit sur plusieurs jours, pendant les vacances scolaires avec mes filles en fond sonore. Je l’ai écrit, réécrit, et je ne suis pas certaine qu’il tienne debout au final, ni qu’il reflète vraiment ce que je pense. Mais bon, hop, c’est parti.

On peut aborder le sujet par tous les angles, il faut dire les choses comme elles sont : c’est assez compliqué à atteindre comme équilibre, et parfois très instable. IL y a des jours où on se sent bien, et d’autres où on a l’impression d’être en brasse coulée. Il y a des périodes où on se demande comment on tient debout, et d’autres où on se demande de quoi on se plaindrait.

J’imagine que chaque femme voit les choses à sa façon. Schématiquement, je me dis qu’il y a 3 grandes catégories : celles qui privilégient leur vie professionnelle, celles qui privilégient leur vie privée et/ou familiale, et celles qui essayent tant bien que mal de tout concilier. Dans les 3 cas, il y des vrais choix, des aléas de la vie, et des idéaux. Puis la réalité : en couple, pas en couple, nécessité impérative de travailler ou pas, région, cercle familial, et tant d’autres critères.

IL y aussi la pression qu’on se met toute seule sur les épaules, et celles qu’on nous colle en permanence par média ou blog interposés : être parfaite dans notre vie professionnelle, parfaite dans notre vie privée,  parfaite dans notre rôle de mère, parfaitement parfaite en tout instant, même aux toilettes. Usant non ?

Moi ? J’étais ado à l’époque de Femme des années 80. Et je ne me suis que très rarement posée la question de mes choix par rapport au fait que je suis une femme. J’ai aussi la chance d’avoir des parents qui n’ont jamais fait de différence entre moi et mon frère.

Enfin presque : mon père m’avait appris qu’étant une fille, on risquerait parfois de chercher à me la faire à l’envers. Notamment pour la voiture : du coup, à ma première voiture, il a ouvert le capot et sans chercher à faire de moi une mécano, m’a expliqué quelques trucs. Sait-on jamais. Pareil dans mon premier appart, et hop, on ouvre le compteur, on regarde la chaudière. Et en cas de gros souci, “allo Papa”, le technicien me dit que, tu en penses quoi toi ? A l’époque il n’y avait pas internet.

Depuis 10-20 ans, je me sens instrumentalisée parce que je suis une femme. On fait de moi un enjeu électoral, on me fait des promesses, des déclarations d’intention.  Je ne suis pas en train de dire qu’il n’y a pas de progrès à faire, au contraire, il y en a toujours et il faut rester vigilante sur les progrès qu’on pense acquis. Hors de question de les remettre en cause, hors de question de revenir sur le droit à l’avortement ou la contraception. Ce sont des droits, des possibilités offertes aux femmes qui le souhaitent ou en ont besoin.

Mais j’apparais comme un élément de programme électoral. Je vous passe le “quota” de femme de certaines lois qui me renvoie une image de mon genre féminin à peu près équivalente à celle d’un quota laitier, parce que là, je hurle.

Vous connaissez le putaclic sur le web ? et bien il y a aussi le putavote au moment des élections.

Au fond, je crains de ne rien attendre des politiques sur ce point, surtout quand ils se mêlent des tâches dites domestiques dont ils ne savent pas ou plus en quoi ça consiste. Et quand on lit des savoureux mélanges où les enfants sont tranquillement rangés comme un tâche domestique, tout comme l’aspirateur. Ils vont apprécier nos enfants …

Alors, les tâches domestiques, parlons-en justement. Qui fait quoi ? Comment ? Combien de temps ? Ici, aussi bien moi que l’Amoureux on mets la main à la pâte tous les deux. Est-ce qu’on est à 50/50 ? aucune idée, et je m’en fous un peu parce que je n’ai pas à me plaindre. Pas mal pour des jeunes quinquas non ?

ET du coup, qui se pose la question de l’équilibre des hommes, des papas ? qui se demande comment ils gèrent, comment ils tiennent le coup, comment ils font avec les nuits sans sommeil eux aussi ? comment ils font dans la salle d’attente du pédiatre ? comment ils gèrent leurs bambins pour les déposer à la crèche, à l’école ?

Parce qu’après tout, c’est pas forcément facile pour eux non plus de trouver leur place et leur équilibre ?

L’évolution des mentalités se fait avec le temps. Les gens, y compris moi, peuvent faire évoluer leurs mentalités, leurs façons d’agir et de voir les choses, qu’à condition de le vouloir et d’être réceptif au changement (va faire un séminaire sur l’accompagnement au changement, et tu comprendras la notion de résistance au changement quand celui-ci est imposé justement).

Quand les jumelles sont nées, on a dû s’accrocher et s’adapter. L’amoureux et moi. Chacun à notre manière. ET croyez moi, il a changé autant de couches que moi, il a donné autant de biberons que moi, il les a plus souvent emmené chez le pédiatre que moi, il les emmènent tous les matins à la crèche, puis à l’école (et c’est la cata quand il est en déplacement parce que les filles veulent que ce soit lui le matin).

On va me rétorquer que je suis un peu privilégiée, que j’ai eu de la chance, que je suis une exception. Peut-être. Ou pas. Dans ma vie je ne me suis jamais positionnée dans ma vie sur le seul fait que je suis une femme.  C’est vrai aussi que j’ai vécu ma vie sans contrainte pendant que d’autres avaient leurs enfants plus tôt que moi. Donc oui, j’ai profité de mes weekends à faire ce que je voulais sans mec et sans enfants, oui, j’avais tout plein de temps pour moi dès lors que je sortais du boulot. Oui, depuis que je suis en couple et avec des enfants, ça a nettement changé.

J’ai vécu la maternité en étant cadre d’une grosse boite, et maintenant à la fois à mon compte et salariée d’une TPE. Mes journées font 24h et celles de mon homme aussi. Et on fait des choix, on n’arrive pas à tout faire en 24h. Lui et moi, on jongle depuis 7 ans, en équilibre, pour concilier tous les deux nos vies Pro (il faut bien gagner sa vie et j’ai besoin de faire qqch de mes neurones), l’éducation de nos filles (et le fait d’en profiter et de les voir grandir’.

J’avais repris après le congé maternité à 80%, et j’ai perdu le gros dossier qui nécessitait un investissement personnel et une disponibilité supérieure à ce que je pouvais donner (bon il n’y avait pas que ça mais ça a joué).

J’ai repris le boulot, et je bosse encore, parce que je suis de celle qui tient par dessus tout à son indépendance financière. Cette indépendance-là n’est pas, et ne sera jamais, négociable à mes yeux. Elle est là ma vraie liberté, la mienne, qui n’est pas forcément celle de la voisine.

Parce que leurs arrières grands mère, leurs grand-mères, se sont battues avec panache et ont obtenu des avancées majeures, parce que ce sont elles les femmes des années 2020, moi, leur mère, je vais continuer de monter à mes filles que je ne suis pas un simple objet de discours politicien. Que je suis un individu à part entière. Je ne suis pas supérieure à un homme. Ni inférieure. Ni son égale. Je suis un être humain, point. Et le fait que je suis une femme n’a de spécifique que les différences biologiques avec un homme. Je n’ai rien d’une héroïne – bon en même temps je n’ai pas la cape ni les supers pouvoirs, donc tout s’explique.

J’ai toute ma place dans la société, et j’y joue mon rôle (celui qui ME convient) sans rougir ni baisser les yeux ni avoir à m’excuser ni quémander. Comme leur père. Ni plus ni moins.

Comme mes filles le feront un jour.

Et si elles ont hérité du (sale) caractère très (trop) indépendant de leur mère, si avec leur père on ne se rate (pas trop) sur leur éducation, on va dire que ça devrait le faire (et qu’il ne faudra pas trop venir les emmerder :)).