La Route Du Lait Post Image

Il ne s’agit pas d’un billet sur la prochaine course en mer. Encore moins sur la PAC et les quotas laitiers. Encore que, les quotas, ça aurait pu selon la façon dont on aborde le sujet.

J’aborde ici un sujet tellement sensible, que dis-je polémique. Un sujet qui concerne tous les parents et les futurs parents. Et qui prend des allures de bataille. De drôle de bataille.

La bataille du lait, ou plus exactement la bataille du “par où passe le lait”, d’où vient le lait”.

Mais où va le lait ?

Nous parlons ici bien sûr du lait qui nourrit nos nouveaux-nés, nos bébés. Son unique alimentation pendant les premiers mois de sa vie (stop, ne commencez pas tout de suite les polémiques svp).

Dans nos sociétés occidentales dites développées, nous avons ce luxe de pouvoir choisir beaucoup de choses dans nos vies. Et cela vaut aussi pour ce qui concerne nos vies de futurs parents, puis de parents. Ainsi, nous choisissons ou pas de contrôler nos hormones avec des contraceptifs, et quand vient bébé (que nous avons “programmé” bien évidemment), nous continuons à choisir tout ce qui le concerne.

Y compris notre façon de le nourrir, de lui apporter ce lait dont il a besoin pour grandir et se développer dès sa naissance.

Et là, ça se complique un peu. Pas par nature puisqu’en dehors de toute considération pathologique de type allergie par exemple, tout le monde est d’accord sur un point : donner du lait à bébé.

Non, le débat commence dès lors qu’on aborde la question du “comment lui donner ce lait”, quelle route va prendre ce lait, le sein de sa mère ou le biberon (tenu pas sa mère, son père….). On pourrait se dire que chacun fait comme il le peut, le veut, le souhaite, et que tout le monde est content ainsi tant que Bébé “profite bien”.

Que nenni, parce que deux “modes” s’opposent, je dis bien s’opposent, et quand on réfléchit un peu plus loin que le bout de son téton ou de la tétine du biberon, c’est purement ahurissant. Comme si on oubliait que l’objectif final est strictement le même : nourrir son enfant.

Sauf qu’à grand renforts de polémiques, débats, démonstrations et autres, le choix entre  l’allaitement versus le biberon se transforme quasiment en bataille navale.

Mais pourquoi s’opposer ?

Ben oui, pourquoi s’opposer ? je répète que j’ai du mal à comprendre car dans les 2 cas, l’objectif lui, est totalement i-den-ti-que.

Alors remettons un peu le débat dans son contexte de société occidentale dite développée, c’est-à-dire encore une fois une société qui peut faire des choix (si si).

D’abord parce que si le lait maternel est certes sans comparaison pour ses qualités et ses propriétés non remises en cause (on passe sur l’alcool et certains médicaments et polluants qui passent bien dans le lait maternel), les laits industriels destinés à nos bébés sont conçus, fabriqués, contrôlés en fonction de normes drastiques (ah mais suis-je bête, j’avais oublié que l’industrie agroalimentaire était “suspecte”, autant que toute l’industrie d’ailleurs quand on écoute certains discours.. bref). Certes, au fur et à mesure des connaissances, les laits industriels sont modifiés, adaptés, et donc on va regarder le côté positif, en constante amélioration.

Dans nos pays, nous pouvons nous procurer facilement des laits en poudre, en bouteille, etc, même si ces laits ont un coût financier non négligeable (a fortiori quand on a 2 bébés d’un coup …), ce qui n’est pas le cas d’une grande partie de la population mondiale pour laquelle d’ailleurs les recommandations de l’OMS (on a bien dit “recommandations”, pas obligations) sont en partie rédigées.

Ensuite, à partir du moment où nous avons ce choix, il faudrait quand même admettre et respecter celles qui feront le choix de l’allaitement et celles qui feront le choix du biberon (d’autant que parmi celles qui donneront le biberon, certaines le feront pour des raisons indépendantes de leur volonté), et celles qui mixeront un peu des 2, et vice versa.

 

Peu Importe le Flacon, Pourvu…

 

… Pourvu que bébé ait sa dose d’amour avec son lait

Postulat de base : on peut en effet considérer que nourrir son bébé (après l’avoir nourri in utero tout au long de la grossesse) est autant un acte physiologique pour l’aider à grandir qu’un acte d’amour. La prolongation de ce que la femme enceinte fait pendant sa grossesse.

L’amour étant intangible, une émotion, un état, il n’y a a priori pas de raison pour que seule la méthode d’alimentation de bébé fasse une différence, on peut lui transmettre autant d’amour en lui donnant le sein qu’en lui donnant le biberon.

Lorsque mes jumelles sont nées, elles ont été mises au sein en salle de naissance et ont donc eu ce fameux et précieux colustrum. Nées à 8 mois de grossesse, pesant à peu près 2,5 kg chacune, mais sans passer par la néonat, il nous était recommandé de les nourrir toutes les 3 heures, et éventuellement de les allaiter en alternance si je l’avais souhaité.

J’ai essayé l’allaitement, je n’ai pas aimé. J’ose le dire et l’écrire, même pas besoin de me justifier, je n’ai pas aimé, c’est tout.

Par contre, j’ai adoré leur donner le biberon, chacune leur tour, bien lovée dans mes bras ou dans ceux de Papa Twins And Us qui du coup, a donné presque autant de biberons que moi puisqu’il nous fallait 4 bras en permanence.

Une “séance biberon” durait une heure (par bébé). Le temps de les réveiller, de les changer, de préparer le bib, de leur donner, de faire le rôt, le câlin, de les rechanger, puis de les recoucher. Calculez, un biberon toutes les 3 heures, à chaque bébé, et ça dure une heure. On faisait des roulements avec mon mari, des tournées de bib en fait.

Même au bout milieu de la nuit, ou encore aux premières lueurs du jour, nous n’avons jamais, jamais, donné un biberon devant une TV allumée (même sans le son), ni en tenant un smartphone dans nos mains, une tablette ou encore moins devant un ordinateur.

Le moment du bib, c’était une bulle entre Maman et Bébé, et Papa et Bébé. Rien que ces 2 personnes, en tête à tête, et au fur et à mesure de l’éveil des jumelles, les yeux dans les yeux. A se perdre dans leurs regards, à sourire au son de ces petits soupirs de contentement lorsqu’elles étaient rassasiées, à les regarder dormir le sourire au lèvres enfin repues. Pour mieux aller nous écrouler dans notre lit ensuite et dormir quelques instants avant la prochaine tournée de bib.

(Entre parenthèse, j’ai du mal à concevoir la communion entre cette Maman qui allaitait son Bébé dans un café en ne regardant jamais son bébé mais en pianotant pendant 45 minutes sur son smartphone posé à 15cm de la tête de son bébé, scène vue il y a 1 mois. voilà. Fin de la parenthèse).

Versus

Versus, j’emploie volontairement ce terme car il représente assez bien cette frontière psychologique qui se dresse, pas toute seule d’ailleurs, entre celles qui optent pour le sein et celles qui optent pour le biberon. D’ailleurs, si on trouve facilement la Leache League, en revanche, j’ai torturé Google sur ses 20 premières pages de résultats, pas de trace d’un quelconque “Cercle des Biberons“. Chacun en tire les conclusions qui lui conviennent.

Est-ce qu’on ne peut pas juste faire comme on le sent, comme on peut, pour son bien-être et bien entendu pour celui de son bébé, sans avoir à se justifier ni à devoir se dire, quand on lit un article sur le sujet, qu’on est “dans un camp” ou “dans l’autre camp”. Et pourquoi y aurait-il deux camps d’ailleurs ?

C’est dingue, ça m’agace. Devenir Maman, Papa, bref parents, c’est un processus assez long, complexe, étrange, périlleux parfois. Et nourrir son bébé fait partie intégrante de ce processus, qui fait appel à tellement de référentiels personnels, culturels, sentimentaux, etc. que j’ai tendance à considérer que les jugements de valeur à l’emporte pièce ne sont pas les bienvenus, et seraient même de nature à faire tourner le lait.

 

Edit du 20 avril 2016

La TeamMultiples et l’Allaitement

Dans son rendez-vous mensuel, la Team Multiples (à découvrir ici) a parlé ce mois-ci de son expérience, ou de sa non-expérience de l’allaitement des jumeaux. Retrouvez leurs témoignages dans les billets ci-dessous :