Ascenceur emotionnel

On devrait tous savourer l’été, se détendre après une année longue et difficile, partir sereinement en vacances, ne s’inquiéter que de la longueur des bouchons sur l’autoroute. Et se demander quel bikini sera le mieux assorti à notre vernis à ongles.

On devrait baigner dans la futilité, dans l’insouciance, dans l’eau et dans le rosé (euh sauf les enfants quand même).

Mais non. On baigne dans l’eau salée de la tristesse et des larmes au goût amer. On se prend encore en pleine gueule des images, des paroles, l’insoutenable réalité d’un monde qu’on ne maitrise pas.

D’un monde qu’on a jamais maitrisé d’ailleurs.

Face à tout ce déferlement qu’on vit par écran interposé (je ne parle pas ici des personnes qui sont malheureusement touchées directement), c’est l’ascenseur émotionnel en permanence.

Chacun exprime ses émotions comme il peut. On démarre au quart de tour, ou au contraire on se tait. Entre les deux, on fait aussi comme on peut. On est dans l’irrationnel face à l’horreur, c’est du brut de décoffrage. Et ça peut se comprendre.

Ceux qui en revanche, et à mon avis, sont tenus de faire attention, ce sont bien les politiques d’une part, dont l’une des missions est bien de protéger leurs concitoyens, et les média qui eux, ont pour mission de nous informer aussi objectivement que possible. Comment ça je suis idéaliste ?

Au delà de l’horreur des derniers événements dramatiques qui ont eu lieu en France, les fils d’actus des réseaux sociaux ont rajouté une dimension quasi surnaturelle aux faits. Et je ne suis pas arrivée à tout comprendre. D’ailleurs, je ne cherche plus.

[Quand j’ai rédigé ce billet, j’avais “jeté sur le papier” tout ce qui m’avait dérangé, perturbé, gêné, secouée dans les réactions lues et entendues à droite et à gauche. En me relisant, j’ai réalisé que ce faisant, je rentrais dans le jeu de la polémique improductive, celle-là même que je ne veux plus voir. Celle qui ne ramènera pas les morts. Celle qui ne résout rien. Alors je viens allègrement de supprimer 3 paragraphes entiers. Mais, en substance, je n’ai aucune, mais alors aucune compassion, compréhension ou même respect pour les pourritures responsables de ces horreurs, que ces pourritures soient “téléguidées” ou non par d’autres pourritures.]

J’ai tenté de naviguer entre ce déferlement de réactions sur les réseaux sociaux, d’essayer de comprendre, de me retenir moi aussi de ne pas réagir au quart de tour. Puis je n’ai pas trouvé d’autres solutions que de tout éteindre. En me disant que j’allais commencer par essayer de gérer mes propres émotions avant de chercher à comprendre celles des autres.

La surenchère des tweets ET retweets, entre les accusateurs et les moralisateurs et toute la panoplie entre les 2, me donne la nausée. Parce que ça ne résout rien, ça n’empêche rien pour l’instant. Ça attise juste les choses. Qui n’en n’ont pas besoin.

Mais le pire dans tout ça, c’est que je me pose des milliers de questions. Je me demande dans quel monde vont vivre mes filles.

Et ça, honnêtement, je me dis que ce n’est pas du tout une bonne nouvelle de se poser ce genre de questions.

Et non, je n’ai pas téléchargé PokemonGo pour me défouler.  Hier soir, j’ai taillé une partie de la lavande de mon jardin, je reprends le tissage, je boucle les derniers dossiers de boulot avant les vacances.

Je redonne de l’oxygène à ma liberté.