splendeur et décadence

Je ne suis ni la conscience ni la vertu des uns et des autres. Comme tout le monde, je réagis en fonction de mes propres convictions, je fais mes choix en fonction de mes goûts et de mes couleurs, mes ressentis. Je me dis que les autres réagissent de même, et j’essaye tant bien que mal de respecter ça aussi.

Mais,  c’est comme pour le comique de répétition, à la longue, certaines choses usent.

Bloguer, c’est s’exposer ici et sur les réseaux sociaux. Mais c’est aussi accepter l’exposition des autres, ou du moins ce que les autres exposent. Et comme on ne met pas tous le curseur au même niveau, parfois, ça fait des étincelles.

Non, je vous rassure, mon blog va bien. Mais de l’autre côté, c’est parfois un peu moins folichon. L’autre côté, c’est le devant de scène, les réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux, c’est la partie qui nous prend le plus de temps, celle où on dépense aussi le plus d’énergie, la partie visible de l’iceberg, la partie publique. Il y a déjà eu des billets là-dessus, je sais que je ne suis pas la seule à me poser des questions et parfois à en avoir assez.

Alors j’avoue, oui depuis quelques temps, j‘ai du mal à y aller sur ces réseaux sociaux, j’ai besoin de prendre beaucoup de recul pour ne pas tout fermer.

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Splendeur & Décadence des Réseaux Sociaux

Les réseaux sociaux, ce sont des milliers de posts, de tweets, de photos, par jour, qui défilent sur nos TL respectives, qu’on lit en diagonale parfois, qu’on lit en entier d’autres fois, et dont on remonte parfois les heures en croisant les doigts pour ne rien avoir raté. Comme si notre vie en dépendait (mais ça, c’est un autre débat).

Le regard “accroche” sur des mots, des emoticones, des RT, et là, on s’arrête pour lire. Mais si on n’est pas connecté H24 et qu’on ne lit pas en temps réels, ce qui est mon cas, l’ambiance peut être étouffante, asociale même.

On n’a pas toujours le temps de remonter toute une TL pour essayer de comprendre un post, pour déchiffrer 140 caractères bruts de décoffrage. C’est pas mon job non plus, il faut bien l’avouer.

A de rares exceptions près, on ne connait pas grand choses de la vraie personne qui est derrière, blogueur ou pas, de ses amours, de ses emmerdes, de ses motivations à faire telle ou telle action, si ce n’est pas le prisme de ses propres statuts déformés par notre propre interprétation de ce qu’on lit.

Alors si chacun a le droit de s’exprimer sur les réseaux sociaux, chacun a aussi le droit  de ne pas aimer ce qu’il y voit. Mais.

Mais je suis dépitée de constater qu’on a déjà oublié Charlie, qu’on a oublié que les autres ont le droit d’avoir une opinion différente, des valeurs différentes, qu’on a oublié qu’on a le droit de ne pas être d’accord, qu’on a oublié qu’on a le droit de dire qu’on n’est pas d’accord justement, qu’on a oublié que certains vont bloguer par philanthropie, que d’autres vont bloguer plus professionnellement, gagner leur vie, ou peut-être simplement chercher à mettre un peu de beurre dans les épinards.

Je suis navrée de voir qu’on ne se rappelle le mot empathie que lorsque qu’on demande de l’aide pour soi-même, mais qu’on devient facilement amnésique quand les autres semblent perdus. L’être humain préfère tirer sur l’ambulance.

Je constate avec amertume que le bashing est une religion, un outil marketing et politique, qui semble flatter l’égo de celui qui le pratique, comme si ça lui donnait une valeur.

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Silence, ça bashe

Hasard ou coïncidence, mon Twitter est totalement aphone depuis quelques semaines. Quand je dis aphone, ça veut dire que je n’ai plus ni le son ni les pastilles des notifications. Ballot ? Pour savoir si on me parle ou pas, je suis obligée de le “forcer” à actualiser des notifications, et je ne suis même pas sûre de les avoir toutes.

Ajoutez à ça les nouveaux séismes qui secouent la blogo ces derniers temps : vous n’avez pas pu les rater.

  • Ou comment un événement annuel attendu par nombre de blogueurs est tellement décrié par les uns (souvent ceux qui n’iront pas), ou au contraire encensé par les autres (souvent ceux qui iront).
  • Ou comment la campagne marketing ratée d’une ONG se crashe en plein décollage. Un vrai massacre. Des blogueurs dans l’œil du cyclone – et je salue ici le courage de certains qui ont fait des mises au point et des mea culpa, tandis que l’annonceur lui – celui qui avait commandé (et financé) la campagne, restait par contre totalement muet.
  • Ou comment un voyage dans un certain pays rappelle que le blog est un média, et que chaque blogueur fait ses propres choix en fonction de ses propres convictions.
  • Ou comment on fustige ce qu’on juge comme des erreurs de la part des autres, mais on ne supporte pas que les autres critiquent nos propres erreurs (eh oui, tout le monde en fait, des erreurs, ça s’appelle la vie).
  • Et je passe sur la guéguerre du “blog sain” par rapport au “blog vendu”, comprendre par là la distinction entre ceux qui osent vendre leur blog au diable capitaliste versus les puristes. Ah ben oui, j’avais oublié que l’argent est un gros mot. Oups.

A propose des 2 récents séismes, rappelons quand même que 1/ les ONG sont des “entreprises” avec des budgets et des objectifs financiers à atteindre, et en soi, la campagne de pub ne me choque pas. Par contre, on peut légitimement s’interroger sur la forme pour le cas récent de l’ONG. Et que 2/ Dubaï, aux Emirats Arabes Unis, est une destination touristique au catalogue des plus grandes agences de voyage, au même titre que la Chine, Israël et tant d’autres. Certains iront, d’autres pas, encore une fois, chacun ses choix.

Si je peux comprendre que ces 2 événements ont étonné, voire choqué, il me semble qu’on doit aussi admettre que les “réactions épidermiques” qui ont suivi ont également pu choquer.

Je pense qu’il appartient à chaque blogueur d’adhérer et de participer ou non à ces campagnes. C’est leur choix, et si je ne suis pas d’accord sur tel ou tel choix, il me suffit de ne pas liker, ni partager. Ensuite en tant que lectrice et consommatrice finale, il me suffit de ne pas consommer le produit vanté. Jusqu’à preuve du contraire, je suis le boss chez moi, sur le blog et sur ma CB.

[Tweet “Bon mais avec tout ça, je fais comment moi sur les réseaux sociaux ?”]

Je suis à “ça” de croire que les réseaux sociaux tuent le raisonnement, laminent notre capacité à prendre du recul, détruisent notre empathie, nous interdisent de nous poser des questions parce que le “politiquement correct” nous “conditionne” à réagir de telle ou telle manière, nous empêche de réfléchir avant de tweeter, de RT, de liker.

Pas facile de débattre avec 140 caractères, les raccourcis, on devrait le savoir, c’est  parfois le meilleur moyen de rater sa cible et de faire encore plus de dégâts.

Pas toujours facile de prendre du recul, de ne pas se sentir agressé parfois, de se dire que ça arrive à tout le monde de s’énerver, de craquer, de râler. Oui, moi aussi je râle, je peste, je maudis.

Alors comment faire ? pour l’instant, honnêtement, le seul moyen que j’ai trouvé est de passer moins de temps sur les réseaux sociaux. Je surfe entre les flaques, je ne like pas ce que je n’aime pas, je ne partage pas ce que je n’aime pas.

Non je ne fais pas l’autruche pour autant, je m’interroge. En off, en silence. Sauf là, dans ce billet.

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Quand les Réseaux Sociaux se délectent du badbuzz

Pour couronner le tout, certains réseaux sociaux, notamment Marcus, font remonter en premier les posts avec le + d’interactions. Vous me voyez venir ? eh oui, vous avez deviné : comme l’être humain se délecte plus du malheur des uns que du bonheur des autres, jusque sur les réseaux sociaux, et bien on a de grandes chances de tomber sur ces posts en premier.

[Tweet “On poste en direct, plus c’est cru, plus c’est brut de décoffrage, plus c’est “liké”.”]

En ce moment, je passe + de temps à faire le tri qu’à lire ou interagir. C’est long, et c’est usant. Asociale moi ? ce n’est pas comme ça que je me vois, mais ce qui est sûr, c’est que je recherche autre chose que des joutes vitriolées. Ça devient monotone, sclérosant, bref, vous avez compris : je préfère me faire rare sur les réseaux sociaux pour bloguer tranquillement dans ma bulle, et bloguer comme bon me semble, bien entendu.


PS : quand vous entrez dans une Maison de la Presse, vous n’achetez pas un magazine que vous n’aimez pas ? eh bien figurez vous que non seulement, les blogs, c’est gratuit à lire, mais en plus, s’ils ne vous plaisent pas, vous n’êtes même pas obligés de les lire non plus. C’est pas dingue ça ?